★ Spiritus Mundi (#51)

« Sarah ne possède aucun souvenir. Elle ne sait pas qui elle est. Elle ignore comment elle est arrivée dans ce mond...

Spiritus Mundi de Marhk Gotié

Quatrième de couverture
« Sarah ne possède aucun souvenir. Elle ne sait pas qui elle est. Elle ignore comment elle est arrivée dans ce monde étrange. Pourtant les êtres qu'elle rencontre prétendent la connaître. Ils affirment même attendre beaucoup de sa venue. Comme si elle avait quelque chose à accomplir, une quête à réaliser. Pour quitter cet endroit, la jeune fille n'a donc pas le choix : elle doit affronter les épreuves qu'on lui impose. Pour s'élever, il faut parfois traverser le pire… »

Mon avis
Une claque monumentale encore, je remercie très chaudement l'auteur pour son envoi, et pour la patience dont il a fait preuve.

Nous suivons la quête de Sarah, une enfant perdu dans ce qu'elle ne connait plus, perdue dans les limbes d'un monde étrange peuplé d'entités qui la connaissent visiblement mais dont elle ne se souvient pas. Au travers des différentes épreuves organisées par ces personnalités mystérieuses, Sarah érigera sa propre connaissance d'elle‑même et du monde qui l'entoure pour peut-être parvenir à en détenir enfin les clés. Mais ces clés ont un prix, celui de la couleur et de la persévérance. La question à se poser restera la même indéfiniment : vaut‑il mieux vivre ou mourir ?
« Toutes les peurs s'enracinent dans celle de la mort. »
S’il est possible de dire une chose d’entrée de jeu, c’est que peu importe ce à quoi vous pouvez vous attendre en lisant la quatrième, vous serez de toute façon loin du compte. Spiritus Mundi est une « chose », un livre impossible a réellement caser dans un genre ; il oscille entre l’absurde et l’onirique, la philosophie et le fantastique, tout en s’assurant de toujours garder ce soupçon de vrai, de juste qui l’empêche de basculer dans le n’importe quoi. Chacun des obstacles est autant de nouvelles questions que la lecture s’évertue à résoudre et le tout est d’une sublime complexité. Après les premières page, j’ai relu la quatrième, résolument perdue et complètement déboussolée. Déroutée à l’image de l’héroïne d’ailleurs ; beaucoup de lecteur s’attachent à s’identifier aux personnages, ça n’est à mon sens pas vraiment possible ici et pourtant… Pourtant il faut avouer que le lecteur en est rendu au même point que la jeune fille, jusqu’à avoir l’impression de se fondre en elle.
Une héroïne et quelle héroïne. Jeune mais pas irréfléchie, forte mais pas invulnérable ; son intelligence ne permet pas de « faciliter » l’histoire. L’intrigue est une quête identitaire en plus d’être un périple pour la survie ; elle se déploie depuis la jeune fille et s'y referme fatalement. Elle apprend de ses erreurs en même temps qu’elle s’apprend elle‑même et ça, c’est du génie. Tout finit par s'éclaircir à mesure que la notre protagoniste, à mesure que la lecture de précise. Les autres personnages fonctionnent sur le même mode : peut‑être parfois moins « fluides » que Sarah dans leurs comportements, peut‑être plus marqués, mais de toute façon nécessaires à la poursuite de la quête. Pas de stéréotypes malgré des personnalités hautes en couleurs, malgré des réponses qui n’en sont pas vraiment. L'auteur passe d'une entité abstraite à une existence bien réelle (si l'on peut s'accorder sur le fait que tout ceci soit réel). Joan pour ne citer que lui est aussi mesquin qu'il est doux, vicieux qu'il est précieux. Il incarne à lui seul toute la complexité de ce petit livre où tout n'est ni noir, ni blanc, où tout se pare de nuance. Rien n'est simple et le manichéisme est une abstraction. En somme, si les autres personnages puisent leur essence, leur existence à travers l'égarement de Sarah, elle, se cherche à travers eux. Le tout forme une toile quasiment infini, un puzzle dont la tentative de résolution est absolument géniale pour ne pas dire envoûtante.
L’écriture enfin, puisqu’il est question des réponses données à Sarah… Vous le savez, si je lui offre son paragraphe, c’est qu’elle est maitrisée. Ici, elle est divine en son genre : torturée, incisive, presque aussi mystérieuse et troublante que l’intrigue elle même. Dans le prolongement de l’histoire, elle la magnifie en confortant l’impression d’égarement, de perdition. Les associations d’idées, d’images sont parfois étrange mais participent au génie global du bouquin. A la fermeture de celui-ci, le « wahou » vient de lui même… Une histoire au potentiel énorme, que l'auteur a choisi de condensé en un one‑shot plutôt restreint lui‑même et qui accentue finalement le sentiment d'urgence et l'impression de trouble. Un choix que j'aurais pu déplorer s'il ne se prêtait pas si bien à l'histoire, à l'aura qui se dégage en définitive de ce petit roman que je recommande vivement.

En clair, une lecture à laquelle je ne m’attendais pas, une lecture surprenante, dépaysante, innovante, pour un condensé de talent.

Pour acheter le livre : Spiritus Mundi de Marhk Gotié


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