★ Le Tourment des Rois (#41)

« "Aujourd'hui, alors que mon royaume se prépare à chuter devant la Sainte Armée, alors que tout ce que j'ai co...

Le Tourment des Rois de Gaëtan Noël

Quatrième de couverture
« "Aujourd'hui, alors que mon royaume se prépare à chuter devant la Sainte Armée, alors que tout ce que j'ai construit s'apprête à être détruit... j'écris mes derniers mots en tant que roi, en tant que monstre damné. Il est temps de tout révéler. En ce premier livre de mes mémoires, voici rassemblés mes plus ténébreux souvenirs de prince héritier.
Héritier ? Malheureusement, il ne fut pas si simple de monter sur le trône qui m'était destiné. Mon histoire vous apprendra à quel point se battre pour une idée peut tout vous enlever : votre trône, votre avenir... jusqu'à votre propre vie. Oui... Rien ne fut épargné à ceux qui marchèrent à mes côtés. Reniant notre humanité pour mieux la sauver, nous avons tout abandonné pour l'idée qui nous animait. Et le sang qui coule dans mes veines, ce sang maudit dont vous n'imaginez ni l'existence ni le sens... c'est avec effroi que vous découvrirez à quel point il a édifié le monde dans lequel vous vivez.
Alors, vous qui osez lire... saurez‑vous marcher à mes côtés, une ultime fois ? Saurez‑vous embrasser... le tourment des rois ?"
Hydan, le dernier roi d'Hydolia. »

Mon avis
Le Tourment des Rois n'est pas qu'un beau livre. Il est un grand livre. Je remercie du fond du cœur son auteur pour l'envoie du roman, ainsi que pour sa jolie dédicace. J'espère que la chronique que vous êtes sur le point de lire sera à la hauteur de cette histoire.

Nous faisons la connaissance d'Hydan, prince héritier du royaume d'Hydolia. Depuis que sa sœur et sa mère se sont évanouies dans la nature, Hydan est le seul à afficher une claire opposition aux méthodes archaïques utilisées par son père pour maintenir la suprématie des forces armées hydolianes. Aux tourments infligés à cause de la disparition s'ajoutent ceux du conflit. Mais Hydan n'est pas au bout de ses peines. L'arrivée de Khaalina au château, suivante de la reine d'Aesaros va ajouter un degré supplémentaire à la compléxité de son monde.
Comment allier cœur et esprit dans un système qui ne lui donne pas les pouvoirs dont il a besoin ? Au‑delà de la nécessité d'endiguer la folie de son père ‑et de son frère‑ Hydan se doit d'endiguer son propre pouvoir et ses entrées dans la zone. Hors de question pour un futur roi de laisser ses émotions lui dicter sa conduite.
Pourtant, Hydan fera les frais de ses idées ; très vite il sera contraint de comprendre qu'une idée, si puissante soit‑elle, se paye...
« « Le bien et le mal n’existent pas : ce n’est là qu’un schéma simpliste et grotesque pour justifier ses propres croyances et diaboliser celles de l’adversaire. En vérité, il n’y a que des points de vue incompatibles. »
Un titre alléchant, une couverture mystérieuse ; une histoire ténébreuse. Le Tourment des Rois est un monument. J’en ai un petit peu parler sur les réseaux mais cette lecture, cette histoire fût magistrale et je vais avoir toutes les peines du monde à organiser clairement mes idées. Le fait est que Le Tourment des Rois est une lecture coup de poing, le genre de lecture qui marque à vie et dont on se souvient longtemps.
L’intrigue en elle‑même peut paraitre simple : une histoire de succession monarchique, un roi tyrannique aux idéaux surannés, un prince animé par l’attention qu’il porte au bien‑être de son peuple, le tout dans un contexte fantastique sanctionné par une malédiction. Simple oui, mais complexifiée par un mode narratif à la fois ingénieux et absolument génial. Le Tourment des Rois n’est pas un simple récit, il est des mémoires rédigées par ce même prince aux idées novatrices. Des mémoires qui lui permettent d’établir la rétrospective d’une vie qui atteint son crépuscule, de revenir sur des erreurs qu’il commente, de s’excuser ou de se dérober ; de questionner son histoire en somme. Ce mode narratif, outre une fluidité certaine, permet la tension du récit : certaines actions que le lecteur prend pour acquises sonnent le glas d’une ultime erreur. Le narrateur vient démonter chacune des actions qui peuvent paraitre louable de la plus terrible des façons : le questionnement. Ces commentaires, ces hypothèses viennent incarner le titre du roman et boucler la boucle avec brio.
Le tourment justement, se décline de plusieurs façon au fil du roman : passant d’incertitude quant au passé à un conflit intérieur entre le coeur et l’esprit, il se matérialise en troubles amoureux. C’est ce même tourment, comme un écho au titre qui permet au héros de se déployer et de déployer sa grandeur d’âme. Les autres personnages, quels qu’ils soient, apportent au déroulement de l’intrigue : du maitre d’arme et ami à la fille du forgeron, en passant par l’infirmière abusée. Chacun vient incarner l’une des facettes du héros et permet au lecteur de le juger en son âme et conscience. Juger oui, puisqu’il est forcément question de jugement : le jugement que porte Hydan sur ses propres actions et le jugement auquel il invite le lecteur. S’il est question d’un système monarchique qui semble bien loin du notre, les réflexions et les questions qu’il soulève inscrit le récit dans une contemporanéité assez probante. C’est du grand art et c’est divinement bien mené.
Bien mené exactement comme le sont les différentes intrigues enchâssées. C’est assez fou mais rien n’est laissé au hasard. La moindre petite information est réutilisée, développée, corrigée. Une simple description physique sert la révélation d’un secret. La lecture d’un conte pour enfant cristallise une force surnaturelle. Un départ permet une arrivée. Le tout donne une impression de réalité, comme si l’auteur n’avait pas eu à imaginer, comme s’il n’avait fait que retranscrire un vécu. Une impression étrange mais tellement, tellement plaisante…
La question de l’écriture enfin : quel voyage. Tant par les réflexions que par le simple usage de la langue. J’ai eu un mal fou à définir quelle citation serait retenue pour cet article, de même que j’ai un mal fou à me dire que le second tome n’est pas en ma possession. Les monologue intérieurs d’Hydan sont plus troublants les uns que les autres, plus beaux aussi. Le soin apporté au choix des mots est indéniable, de même que la beauté qui en résulte. S’il est évident qu’au terme de ce premier tome, il est nécessaire de féliciter l’auteur, je pense qu’il est encore plus juste de le remercier. De le remercier pour le plaisir partagé, et de le remercier pour ce magnifique ouvrage.

En clair, Le Tourment des Rois est selon moi un chef d'œuvre et c'est avec plaisir que j'ai embrassé ses tourments. Il va devenir compliqué de départager mes auteurs français favoris... Mais Gaëtan Noël est bien parti pour se dénicher une place durable dans mon top.

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