★ Le Cid (#50)

« Il faut lire Le Cid dans sa première version, celle de 1637, qui explose comme un coup de tonnerre, avec la fougu...

Le Cid de Corneille

Quatrième de couverture
« Il faut lire Le Cid dans sa première version, celle de 1637, qui explose comme un coup de tonnerre, avec la fougue de la jeunesse, le flamboiement du sang, les trompettes de la victoire. On s'aime, on se déchire, on libère sa patrie en quelques heures parmi les plus intenses de notre théâtre. Drame du conflit entre les sentiments passionnés et les dures contraintes du devoir moral et politique, la pièce offre une liberté de ton et une audace formelle que Corneille, pour se conformer aux codes d'une dramaturgie classique en train de se mettre en place, s'attachera par la suite à atténuer, mais dont le texte original, que cette édition restitue, conserve l'éclat. »

Mon avis
Quand j’ai lu Le Cid pour la première fois il y a quelques années, je m’étais ennuyée. Sa redécouverte il y a quelque jours m’en a fait tomber amoureuse…

Nous prenons part au dilemme de Don Rodrigue, fils de Don Diègue, éminent maitre d'arme qui s'est vu déshonoré au crépuscule de sa vie par le Comte et père de Chimène. Chimène, seule objet de l'amour de Rodrigue. Choisir l'amour et laisser impuni le manque de respect infligé à son père, c'est ternir sa propre gloire par le fait de laisser son nom souillé. Choisir la vengeance et combattre le Comte en duel, c'est renoncer au mariage qui l'unirait à la seule femme qu'il aime. Qui de l'esprit ou du coeur saura triompher des amants ?
« La plus libre de toutes les femmes est capable de rester libre au sein même de l'esclavage. »
Il y a quelques jours, je me plaignais sur twitter de la difficulté que j’éprouvais à lire du théâtre. Et si cette plainte s’est avérée lors de mes toutes récentes lectures pour la fac (dont je parlerai ici très prochainement), je dois avouer qu’elle ne se vérifie pas à la lecture du Cid. Le style ancien, les répliques en alexandrins ; la forme peut-être très codifiée (et donc peut-être rigide pour certain) est ce qui m’a le plus chamboulée. Certains passages, notamment les répliques de Don Rodrigue vers la fin de la pièce et globalement celle de L’infante sont parvenus à me faire lâcher ma petite larme. Outre le tragique des faits qui en soit force déjà les émotions, c’est la forme qui m’a achevée.
Bien sur, la règle de l’unité de temps rend la vraisemblance des faits discutable ; recevoir la bénédiction d’un père pour la main de sa fille, remporter un duel contre ce même homme vengeant de la même façon l’honneur de son propre père, mais perdant de fait l’amour de la fille, repousser la menace More, devenir Cid, gagner un second duel et s’assurer le maintien de l’amour (dans une même journée !) porte à se poser des questions. Il est néanmoins nécessaire de se pencher sur les coutumes littéraires de l’époque pour approcher la pièce en de bon termes et pouvoir pleinement l’apprécier. Mes préjugés sur le genre me faisaient croire que je n’y parviendrais pas ; ils sont été déconstruits sans pitié. Dans les faits les actions sont discutables, de même que le nombre d’actions se déroulant sur seulement 24h peuvent faire sourciller, dans la forme il est tout autre chose : la magie du vers à opéré chez moi et m’a réconciliée avec le théâtre classique (je dis théâtre classique parce que le théâtre contemporain n’a pas su effectuer le même prodige).
Les personnages, eux, sont tout ce qu’il y a de plus nobles. Une infante délaissant son amour au profit de la bienséance et de l’allégeance à son rang, une femme favorisant l’amour filial à l’amour passionnel, un fils dévoué écoutant son père plus que son cœur. Si je devais emmener une petite réserve tout de même, elle résiderait en la personne de Chimène qui m’a tout simplement gonflée (principalement parce que mon amitié a en premier ressort été accordée à l’Infante), même si elle est bien sûr légitime sur certains point, mais trop bornée sur d’autres, trop irréfléchie.
Globalement, la lecture est passée bien trop rapidement et je me damne encore d’avoir commencé mes lectures obligatoires par elle. Les autres me sont apparues beaucoup trop fades, beaucoup trop ennuyantes, beaucoup moins jolies… Le Cid est l’un de ces livres qui me font aimer l’analyse, qui me font aimer la forme littéraire, qui me font me féliciter d’avoir choisi les Lettres et qui me donnent envie de transmettre cet amour.

En clair, Le Cid est une beauté. Un chef d’oeuvre sublimé par une écriture sonnante, touchante, presque blessante. Une beauté qui abime et qui console d’un seul trait.

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