★ Bittersweet (#47)

« Marc, adolescent à la sensibilité et l'imagination débordantes, subit de plein front le cancer de Lucie, sa petite sœu...

Bittersweet de Colas Droin

Quatrième de couverture
« Marc, adolescent à la sensibilité et l'imagination débordantes, subit de plein front le cancer de Lucie, sa petite sœur de huit ans. Alors que les aller‑retours à l'hôpital se font plus fréquents, il dérive progressivement dans l'onirique afin d'oublier la réalité du quotidien… Trouvera‑t‑il dans ses rêves une explication à la vanité du mal ?

Dans le style francisé de J. D. Salinger, Bittersweet ("tendre‑amer" en anglais) raconte l'histoire d'un jeune schizophrène perdant peu à peu ses repères face à la progression de la maladie de sa sœur. Les thèmes abordés y sont parfois un peu durs, mais toujours traités avec humour. L'humanité du personnage principal, ses questions sur la religion, la beauté, ainsi que son incompréhension face à l'injustice du monde sont mises au premier plan. »

Mon avis
Encore un SP proposé par IS Édition ; encore un merci que je dois à cette maison.

Nous faisons la connaissance de Marc, un adolescent en dehors des cases : orphelin de son père, perdu face au cancer de Lucie sa petite sœur, cible d'épisodes schizophréniques. Entre rêve et réalité, Marc fait du quotidien une symphonie, une ode à la beauté. Tout est prétexte à s'extasier. Et pourtant, tout est aussi prétexte à se rebeller : le monde est décidemment injuste, Dieu se trompe trop facilement de cible. Lucie, sa petite soeur, son rayon de lumière est foudroyée par la récidive de son cancer. Les émotions ne tardent pas à submerger Marc qui n'a d'autre choix que de vivre. pourtant le monde des rêves, son monde, prend de plus en plus de place dans sa vie. Il est le seul endroit de calme complet, le seul lieu de calme. Peut‑être que ce lieu lui donnera les réponses qu'il attend... Peut‑être qu'il lui donnera, oui. Ou peut‑être qu'il lui prendra tout...
« Puis j’ai chialé aussi, parce que c’était quand même beau tout ça. Et je me suis dit que j’étais con, que je trouvais tout beau aujourd’hui. Ca devait être la tristesse. La tristesse, ça rend tout beau, même la pluie. »
Bittersweet est un (très court) roman qui porte vraiment bien son nom. Doux amer, c’est l’impression qu’il me reste après avoir refermé le bouquin, si bien que je ne sais pas vraiment où me positionner par rapport à lui. Impossible pour moi de déterminer si le charme global opéré pendant la lecture réussit à surpasser la frustration de la fin… Impossible de démêler les émotions tantôt méliorative, tantôt péjorative, au sujet de cette histoire.
Marc est un personnage qui m’a d’emblée plu ; sans doute trop intelligent pour se conformer à un monde qui abîme toute beauté, il parait froid et sa sensibilité n’explose que par touches ponctuelles, sous les traits d’une effusion de larmes qu’elles soient de joie ou de peine. Il est un personnage qui bouleverse à mesure qu’il agace parce qu’il reste un adolescent. Un adolescent avec ses moments de rébellion, mais un adolescent à la vision résolument tranchée sur le monde dans lequel il vit. Ses mots sont durs mais ils sont justes, ils sont son propre rempart à l’injustice qui foudroie sa famille, comme le moyen de rétablir une vérité trop souvent cachée. La relation qu’il entretient avec sa sœur est brisante. Étrange mot pour caractériser un lien fraternel, et pourtant il est le seul qui me vienne à l’esprit. L’amour qui les unit est celui le plus noble, sans nul doute le plus sincère. C’est pour ça qu’il est si douloureux. Lucie justement, est un rayon de soleil ; un personnage beaucoup trop réaliste pour ne pas être attachante, pour ne pas susciter la blessure du cœur.
Cette empathie rend leur sort compliqué à encaisser : Lucie est atteinte du cancer, Marc est schizophrène. Si la malchance est responsable du destin de la petite fille, c’est la génétique qui guide celui du jeune homme. Intervient alors, sans même être directement abordées, les doutes et les inquiétudes d’une mère qui doit préparer le deuil de sa fille de 8 ans. Le tout rapporté par les paroles de Marc devient à la fois incisif et poétique ; cruellement beau. La maladie est évoquée mais pas sur le versant scientifique. Il s’agit juste d’un cancer, du département oncologie de l’hôpital et des visites d’une psy. En revanche, elle s’incarne dans ses répercussions psychologiques, dans la détresse d’une mère, dans la rechute d’une pathologie psychologie d’un frère. Pour Marc, son monde intérieur que les spécialistes appellent « hallucinations » devient le seul moyen d’échapper à un quotidien qui implique trop les émotions. Le beau et le laid se confondent, seul le monde de son père suicidé promet la tranquillité. Bittersweet est compliqué à bien des égards et pourtant il laisse comme une impression d’inachevé justement parce qu’il en dit trop…
J’aurais probablement hurlé si le livre s’arrêtait sur les dernières phrases de l’histoire proprement dite, mais l’histoire en aurait été sublimée, comme suspendue entre rêve et réalité. Mais c’est à ce moment qu’arrive la postface et avec elle, ma déception. Parce que cette postface, même si elle est très bien écrite, vient selon moi déconstruire la beauté du récit à grand coup d’explication et de révélations qui tuent les dernières lignes. Pourquoi ? Mais pourquoi ces explications… La fin était si touchante, si terrible… Si je comprends, à la limite, l’intention de légitimer certaines paroles peut‑être un peu catégoriques, ou l'envie d’expliquer la démarche d’écriture, en revanche je ne comprends pas les révélations quant aux personnages. Pourquoi avoir rompu la limite rendue floue par le héros ? Le message porté par la postface était déjà incarné par les paroles du père ; pourquoi poser des mots sur une incertitude qui même si elle était univoque, était cent fois plus touchante ? J’aurai aimé que cette postface ne me vole pas la fin d’un roman qui m’a bouleversée. Parce que c’est le sentiment que j’ai eu et qui me reste encore. Celui de ne pas avoir pu laisser éclater la tension émotionnelle emmagasinée durant la lecture parce qu’elle m’a été fauchée, parce que l’auteur a en quelque sorte exigé sa reprise. Ce alors même que Marc aurait soutenu que donné, c’est donné…

En clair, la douceur du roman est à la hauteur de sa dureté. Cette ambivalence et cette dualité m'ont enchantée. Mais j'aurais dû m'arrêter aux dernières lignes du roman, et ne pas lire sa postface. Postface qui m'a donné l'impression de rompre le charme, de briser le sublime.

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