★ Adaptation théâtrale des Soldats de Lenz

Comme pour tarir un peu le supplice qu’est de ne lire quasiment que du théâtre pour ce semestre à la fac, notre scolarité a ...

Les Soldats de Lenz

Comme pour tarir un peu le supplice qu’est de ne lire quasiment que du théâtre pour ce semestre à la fac, notre scolarité a prévu de nous inscrire à trois représentations théâtrales. C’est comme ça que j’ai assisté à la représentation des Soldats de Lenz mis en scène par Anne‑Laure Liégeois. La mise en scène de l’histoire très sombre, très crue même, de la décadence de la jeune Marie. Une Marie bourgeoise qui aspire à s’élever socialement grâce à sa beauté ; une beauté souillée par la guerre et par des soldats peu scrupuleux. D’amants en amants, Marie perd peu à peu la face devant sa famille, elle délaisse ses amis, allant jusqu’à rire de la condition de ses semblables. Elle parade au bras de l’un, puis au bras de l’autre, oubliant même celui qui l’avait demandé en mariage. C’est cette attitude qui la conduit au discrédit, puis à l’oubli…

La représentation
Les Soldats pourtant reconnus comme l’une des grandes oeuvres représentant le Sturm und Drang, n’aurait probablement pas été une belle lecture. Pourtant, le spectacle était appréciable. Pas ou peu de fioritures, le décors n’est pas fourni : quelques chaises pour matérialiser le bar où se retrouvent les soldats, un lit, une table, quelques feuilles et une immense structure dans le fond de la scène comme des gradins en miroir du public. Le noir dans la salle ne s’est fait que progressivement, peut-être pour figurer le tournant très sombre que prendrait l’histoire… Tous les comédiens sont présents sur scène, tout au long de la pièce, à la fois acteurs et spectateurs de la déchéance de Marie ; la pute à soldats. Le jeu des comédiens d’ailleurs, à la fois terrible et sensible, est magistral. Les premières hésitations, les membres qui tremblent et la voix qui flanche, sont oubliés à mesure que chacun se fond dans son rôle et c’était beau, juste beau. Les interludes musicaux qui viennent ponctuer d’une façon plutôt tragique les grands virages de l’histoire soulignent d’une autre façon le génie des acteurs. De la déchéance d’une femme à l’humiliation d’un soldat, de la désolation d’un père à la déception d’une mère, Les Soldats est une pièce rude par bien des aspects. La mise en abîmé finale du théâtre, mettant en scène la fin funeste de Marie aux yeux de tous s’éloigne en un sens de la fin décidée par Lenz mais vient clore la représentation en bouclant la boucle instaurée à son début. Finalement, la pièce se termine de la même façon qu’elle a commencée. Si je devais néanmoins souligner quelque chose qui m’a moins plu, il serait question de la représentation du viol. S’il avait été traité non pas par le grotesque (qui frise presque le burlesque), je n’aurais rien eu à dire sur cette mise en scène. Je comprends la démarche de rendre ce comportement absurde, mais je ne comprends pas l’association faite entre le rire provoqué par le déguisement absurde des violeurs et les scènes tragiques qui suivent ce rire. J’aurai aimé un traitement peut-être plus subtile, qui aurait été selon moi dix-mille fois plus évocateur… J’ai cependant pris un tel plaisir à découvrir les Soldats que je me suis rendue compte de ne pas accorder assez d’importance aux représentations théâtrales ; je n’en ai vu que quelques unes mais je promet de pallier très vite ce manque.


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