★ La Route des Montagnes (#40)

La Route des Montagnes de Franck Hervson

Quatrième de couverture
« L’Al-Amhet.
De ces montagnes arides et inhospitalières, nul n’est jamais revenu et de sombres rumeurs courent sur la route qui les traverse. Cette route, Ervim Herderant, chasseur de trésors et de morts‑vivants, va pourtant devoir l’emprunter. Pour un pilleur de tombes, les affaires n’attendent pas, quels que puissent être les risques. La sinistre renommée de l’Al‑Amhet n’est d’ailleurs pas de taille à effrayer Ervim. Pas plus que les aventuriers auxquels il se joint dans cette folle entreprise. Ni Venid O'Kern, Semi‑Nain irascible à la réputation plus que douteuse, ni l'énigmatique Irthows, qui dissimule son visage aux regards, ni leurs compagnons ne sont de ceux qui fuient devant le danger. Revenants, démons et autres maléfices, ils sont prêts à tout affronter. Mais ils sont bien loin d’imaginer quel secret cache vraiment la route des montagnes. »

Mon avis
Partant d’un bête tweet sur mon amour pour l’univers de Tolkien, c’est très gentiment que Franck Hervson m’a proposé son livre. Je le remercie une première fois pour cette gentille attention, une seconde fois pour la patience dont il a fait preuve et enfin pour cette histoire, pour l’intensité de cette belle histoire.

Nous suivons la compagnie menée par le semi‑nain Venid O'Kern, dont l'hardiesse au combat n'a d'égal que la folie. La Gigue Noire n'ayant pas amarré à temps pour le mener à sa destination, Ervim Herderant, chasseur de trésor, n'a d'autre choix que de se joindre au groupe pour entamer la traversée des tristement célèbres montagnes de l'Al‑Amhet. Aux côtés d'Ersdal, d'Erzok, de Dorkun, de Vold, d'Hordel, de Venid et d'Irthows, Ervim se rendra très vite compte que la montagne n'a pas volé sa renommée. Les dangers s'avèreront rapidement rudes et la montagne réclamera fatalement son dû. Toutefois, elle révèlera à la compagnie des secrets qu'aucun n'aurait imaginé. Des secrets qui ne sauraient être avoués sans contrepartie....
« « Les gens admiraient les aventuriers pour les dangers qu’ils affrontaient et louaient leur hardiesse et leur bravoure. Ils ne se rendaient pas compte que la seule bravoure digne d’éloge était la leur. Fuir sur les routes, même pour y affronter démons et revenants, ne requérait pas le quart du courage qu’il fallait à celui qui, chaque jour, accomplissait son labeur avec humilité, qui chaque jour veillait aux besoins de sa famille, essayant d’être juste, de nuire le moins possible aux autres et de transmettre ces valeurs à ses enfants, tout en sachant qu’il lui faudrait recommencer le lendemain. »
Je ne le répèterai probablement jamais assez mais chez moi, la Fantasy est le genre roi. La faute aux auteurs qui, généralement, font des mondes qu’ils dépeignent de véritables univers nécessitants curiosité et effort personnel. Par effort personnel j’entends que, selon moi, la lecture d’un (bon) roman de Fantasy nécessite forcément une lecture active : l’imagination s’affole, les sensations ne semblent pas simplement feintes et j’ai l’impression de prendre davantage part aux conflits qu’ils soient d’ordre politique ou personnel. La route des Montagne ne fait pas exception à cette règle ; l’univers est riche et les tableaux sublimes. Les descriptions sont détaillées sans pour autant alourdir le rythme, apportant sa touche de merveille ou d’horreur à une histoire qui s’ancre alors dans une réalité saisissante. L’atmosphère des montagnes est vraiment inquiétante ; la lecture se fait le cœur battant, les sens en alerte. L’expédition dans le donjon m’a tellement, mais tellement embarquée... Plus d’épisode de ce genre ne m’auraient d’ailleurs pas dérangée. Enfin, l’ambiance de l’exploration onirique, la plus étrange mais peut‑être la plus spéciale parachève l’effet de réussite du roman à la fois dans sa diversité et dans son unité. Même si les ressentis sont très différents d’une page à l’autre, d’une action à une autre, l’histoire fait toujours ressentir quelque chose. Et ça, c’est un tour de force ; jamais on ne s’ennuie.
Le traitement de l’intrigue est en lui‑même très intéressant : si l’idée du petit équipage d’élite qui entreprend une excursion en terres hostiles est déjà connu dans le monde de la Fantasy, l’auteur tourne cette habitude à son avantage pour introduire de nouvelles clés au récit, de nouvelles révélations et de nouveaux nœuds. L’histoire dans son sens plus générique aurait pu basculer dans le déjà vu, adhérer aux codes habituels et ne plus surprendre. J’ai eu peur de cette hypothétique facilité, notamment lors du dénouement principal. Une peur très vite effacée par la surprise ; une surprise terrible et terriblement intense en émotion. Un autre énorme bonus est celui de l’enchâssement des récits : une information qui peut paraître anodine prend son sens quelques pages plus tard dans une entreprise plus vaste pour clore l’histoire d’un personnage qui ne semblait pas concerné. C’est du virtuose, j’ai adoré ça. Le côté fangirl de la lectrice que je suis aura vu un clin d’œil au grand Maitre Tolkien dans le chant de recueillement elfique tandis que les morts vivants auront réveillé mon âme de Dragonborn en charge contre les Seigneurs Draugr.
Terminons par une ultime redite : l’écriture est pour moi le point d’honneur d’un bon roman. Elle est ici magistrale (et je pèse mes mots). Le sérieux côtoie l’aberrant, les railleries vont bon train et viennent pimenter une histoire plutôt sombre. Le parler d’O’Kern est à se tordre de rire, les piques échangées avec Herderant ne sont pas moins drôles même si j’ai eu la fâcheuse tendance à les trouver plus touchantes sur la fin de l’histoire. De tous les personnages, Irthows est certainement celui que j’ai préféré ; le plus mystique, le plus sombre, sans doute le plus torturé. Les personnages ont tous, de façon globale, un petit quelque chose qui leur confère une identité bien définie. Malgré la très succincte mise au point sur chacun des membres de la compagnie (qui s’explique en partie par le fait que chacun ne connaît de l’autre que les faits d’armes), ils apparaissant tous réellement convaincants. Pas de facilité non plus quant à leur traitement, aucun n'est épargné...

En clair, je ne trouve aucun point négatif à ce roman, à ce périple, à cet auteur. Un pari doublement gagnant pour cette œuvre autoéditée ; un bouquin qui décroche mon coup de cœur, un livre qui devrait se trouver entre les mains de tous les détracteurs des auteurs indépendants à seul but de leur donner tort. Merci pour ce fantastique voyage.

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