★ Reconstitution (#39)

Reconstitution de Thierry Moral

Quatrième de couverture
« Le 15 août 2008, à la veille de l'explosion de la Tour B dans la cité des Hérons, le boss organise son grand jeu.
Cinq jeunes sont guidés par Rudy, le meneur. Cinq plus un : JL, l'invité surprise. Le boss ne l'avait pas prévu au programme, mais JL est une balance… Il assistera donc au grand jeu et devra vivre avec sans pouvoir en parler, sous peine de lourdes représailles.
Après plusieurs années de troubles, de malaises et d'isolement, JL se décide enfin à raconter l'histoire sur scène, sous la forme d'une « reconstitution ».
Le boss, psychopathe patenté, laissera‑t‑il passer ce faux pas ?

Avec « Reconstitution », Thierry Moral nous entraîne dans un univers glaçant et hypnotique, où la violence psychologique prend le dessus sur la violence physique pour nous faire découvrir les plus bas‑fonds de l'humanité… »

Mon avis
Pour la deuxième fois sur le blog, je remercie la maison IS Edition pour ce SP, et lui tire mon chapeau pour son aptitude à dénicher leurs auteurs.

Nous suivons Jean‑Luc, enfant prêt à tout pour s'attirer l'attention des enfants de la cité. Attention et non amitié parce que malgré ses efforts, l'intégration n'est pas le maitre mot de son existence. Alors pour acquérir cette attention, JL n'a pas trouvé autre moyen que celui de devenir la balance. Il n'est plus ignoré, il est insulté, mais cela lui semble mieux que le reste.
Pour marquer cette prise de position, il s'impose au jeu du Boss comme le sixième participant ; participant non prévu, participant balance qui sera contraint à garder pour lui ce qu'il a vu ce jour dans la Tour B de la cité des Hérons. Les conséquences d'une simple parole seraient graves : le Boss le retrouvera et s'occupera personnellement de lui.
C'est donc avec ce poids sur la conscience que grandit Jean‑Luc, luttant de toute ses forces pour ne pas se faire engloutir par ses pensées et usant de subterfuges pour échapper aux élèves qui ne lui rappellent que trop bien ce dont il a été spectateur. Mais l'erreur est commise, plusieurs années plus tard, lors de la réalisation d'un court métrage avec sa promotion, il choisit de reconstituer le fameux jeu précurseur de son malheur. Ce qu'il était loin de s'imaginer, c'est que le Boss fait partie du public. Il a tout vu et JL risque de perdre le peu qu'il lui restait...
« La vraie vie c'était avant. La seule que je supporte aujourd'hui se trouve dans les bouquins ou sur la Toile »
Ce livre m'a plu par bien des aspects, et pourtant il m'a déplu... Déplu par sa rudesse et son issue, fait couler des sueurs froides et grincer des dents. Et pourtant, je mentirais si je disais que je n'ai pas passé un bon moment de lecture. Les thrillers ne sont pas mon genre de prédilection parce que j'ai du mal avec le sentiment de malaise qu'ils procurent, j'ai du mal à me projeter réellement dans l'intrigue et à m'attacher aux personnages pourtant j'avoue avoir espéré pour Jean‑Luc (qui m'a tour à tour glacé le sang et brisé le cœur), avoir été terrorisée par la froideur du Boss et par la névrose de Rudy. Les parents eux, dont la détresse est réelle, m'ont profondément touchée. Chose étonnante, le développement des personnages tient la route, tient vraiment la route. Le manichéisme n'existe pas vraiment, et même si le passé du boss reste relativement flou, la lecture permet de comprendre qu'il n'est pas arrivé là par hasard sans qu'il soit pour autant question de légitimer ses actions.
L'écriture est soignée dans son genre ; les points de vue s'enchainent et s'alternent et confèrent à l'histoire un rythme singulier et une atmosphère propre. L'alternance des points de vue permet de switcher entre un ressenti physique (j'ai tout simplement adoré le fait que les bâtiments s'expriment) et un ressenti plus émotionnel. Les enseignants posent un regard professionnel sur l'adolescent  ; les parents, un regard plus personnel sur l'enfant qu'est le leur. Le fait est que le livre aborde sans en avoir l'apparence, des questions plus profondes que la simple intrigue qu'il sous‑tend : la question de la famille et du couple face à la disparition d'un enfant. La question de la conscience et de la simple survie. La question de l'intégration des enfants en milieux dits difficiles. Tout un tas de question sont soulevées, certaines trouvent leur réponse, d'autre malheureusement, ne trouvent leur échos en rien.
Le fond m'a toutefois surprise. En lisant la quatrième, je m'attendais à prendre part à une vaste machination, à un jeu un peu tordu. La réalité du bouquin fait que le jeu sert uniquement de base à l'histoire et que la machination est là où on ne l'attend pas forcément : le jeu ne prend que quelques lignes et pourtant il guide l'intrigue. J'avoue être restée un peu sur ma faim face à ce dit‑jeu, peut‑être un peu simpliste et trop vite terminé mais quoi qu'il en soit savamment mené. J'ai en revanche particulièrement aimé le cheminement réflexif de JL, d'abord face à l'ultimatum du Boss puis ensuite face à son insurrection. Si le premier marque les agissements d'un enfant face à une situation qui lui échappe, le second assoit les convictions d'un homme malencontreusement forgé dans la peur et la rétention. Mais cette seconde façon de penser marque avant tout la nature, le bon fond du personnage qui même s'il a vécu le pire, cherche une forme de rédemption. Peut‑être que ce personnage est utilisé par son auteur pour montrer sa foi en l'humanité, ou peut‑être est‑il seulement utilisé pour marquer les limites de cette même humanité ; je ne saurais me décider entre les deux interprétations...
La fin, quoique prévisible, suffit à instaurer une tension assez vive pour susciter une certaine désillusion. Les dernière phrases, elles, viennent porter le coup de grâce à une terrible histoire qui ne se terminera probablement jamais...

En clair, seconde lecture de la maison IS Editions et second voyage troublant. Troublant mais plaisant, vraiment très plaisant.

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