★ Le sacrifice des âmes du Purgatoire (#38)

Le sacrifice des dieux de Christophe Michaud

Quatrième de couverture
« « Papillon dans la nuit, tel un enfant, j'erre dans le vide qui m’entoure, attiré par des lumières qui se révèlent à moi. »
Un vagabond amnésique est conduit au sanitarium local spécialisé dans les troubles post-traumatiques de la Première Guerre mondiale. Il n’a aucune mémoire, ni présente ni passée.
Pour ne pas sombrer, il essaye de se raccrocher comme il peut à tout ce qui l’entoure dans l’espoir de se construire une identité, mais c’est sans compter sur la rivalité de deux médecins qui se cristallise à son sujet. »

Mon avis
Si vous ne deviez retenir qu'une seule chose à propos de cette chronique, c'est que Christophe Michaud est un auteur à suivre de très près. Je le remercie une nouvelle fois pour l'envoie de son livre et pour la jolie dédicace jointe.

Nous faisons la connaissance du docteur Quine, psychiatre émérite dont le rêve assouvi de créer un sanatorium "humaniste" lui fait croiser le chemin du docteur Bonne. Sur les décombres d'une humanité dévastée par la guerre, ils se retrouvent devant le cas d'un patient amnésique. Très vite, les ambitions de chacun vont se heurter à celles de l'autre et l'alliance opportune risque de vite se matérialiser en catastrophe à venir. Entre hypnose onirique et réalité floue, mythologie et histoire, psychiatrie et médecine, les idéaux vont se bousculer et les limites du correct s'oublier. Quand les notions de Bien et de Mal s'enchevêtrent et que l'équilibre naturel du monde s'en trouve menacé, jusqu'où est‑il possible de tolérer une action radicale ?
« Adieu la vie, adieu l'amour. Adieu toutes les femmes. C'est bien fini, c'est pour toujours. »
Second saut dans l'univers de Christophe Michaud pour un deuxième voyage au sein du Codex Memoriae. Nouveau voyage et non des moindres puisque je pense sincèrement que ce deuxième opus vient pointer du doigt tout le génie de l'auteur qui nous offre un livre plus étoffé. Partant des mêmes bases, le livre est en lui‑même un pur bijou. Rien n'y est laissé au hasard et le sens du détail m'a encore une fois agréablement surprise avec toujours la petit dédicace qui prend une nouvelle signification après avoir lu le livre. Les dossiers confidentiels "détériorés", les pièces à convictions et autres illustrations apportent ce petit plus qui donne son réalisme à l'histoire. Le découpage du livre est rondement maitrisé, permettant à la trame narrative de ne jamais s'essouffler. La typographie machine à écrire continue d'attribuer à la saga une espèce de charme un peu rétro voir désuet mais complètement subjuguant. L'objet livre contribue par sa simple mise en forme à l'élaboration d'une atmosphère bien particulière et plonge le lecteur dès les premières pages dans une réalité décalée.
La question de l'écriture mérite clairement d'être abordée. A la fois équivalente en terme de réussite, elle est toutefois un cran au dessus du premier tome selon moi. La barre était déjà placée bien haut et pourtant l'auteur réussit à installer un mieux dans le tout pour former un ensemble à la fois dynamique et pour le coup, très très bien écrit. Les dialogues sont toujours aussi vivants, les différentes scènes caractérisées très justement, un souffle est en somme insufflé à l'intrigue pour la rendre encore plus cadencé que le premier tome. Concernant l'intrigue justement j'ai trouvé l'histoire à la fois plus mature, plus poussée et plus aboutie. J'ai dis dans ma chronique du premier tome que je ne reprochais pas les moments de flottements dus au format journal du premier tome. Je maintiens bien sur mon avis mais je viens le nuancer par cette présente chronique. Dans ce tome, plus question d'un format journal mais d'un format de narration plus "classique" qui permet une histoire plus retorse, je dirais peut‑être plus en finesse. Les histoires s'entremêlent, les questions se posent et encore, la lecture introduit des notions à la fois variées et intimement liées. Le Bien et le Mal entrent en tension et je dois dire que j'ai beaucoup aimé le tournant qu'ont pris l'histoire et les personnages. Médecine et psychiatrie sont exploitées dans leur limites et dans leurs déviances, la réalité revêt un manteau de mythologie pour troubler les réflexions et la fin du livre à la fois attendue et inattendue a réussi à me satisfaire. A la fois attendue et inattendue oui, parce que je n'aurais pas imaginé qu'il puisse en être autrement. Et pourtant elle est inattendue par sa brutalité, son âpreté même... Les personnages, comme le lecteur, sont malmenés mais pourtant j'en redemande.
Parlons justement personnages c'est une toile pour le moins dramatique qui se met rapidement en place. La complexité ne touche pas simplement le développement de l'histoire mais vient également teinter les actants, qu'ils soient protagonistes ou antagonistes. On en vient à ne plus pouvoir démêler le bon du malin et on se retrouve aussi paniqué que le pauvre Quine. Bonne incarne à lui seul les atrocités de la Guerre. Le patient vient teinter le tout d'une dimension mythologique qui apporte une dose d'épique au roman. Vous aurez‑vite fait de comprendre que je n'ai absolument rien à reprocher à ce dernier. L'un de mes cours de cette semaine parlait de l'échange entre un auteur et son lecteur par le biais d'un livre, de la relation privilégiée qui s'installait à la lecture et de l'épreuve de confiance qui se jouait à la lecture. L'une des problématique pour un auteur est de parvenir à capter l'attention du lecteur qui de fait, choisit de croire en l'histoire qu'il lit. Je peux dire que je suis heureuse de croire en ces histoires, de les partager et de vous en parler...

En clair, il s'agit encore une fois d'un top à tous les niveau. Christophe Michaud est décidément un auteur de talent, dont la plume a trouvé une certaine connivence en la lectrice que je suis.

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