★ Réalités invisibles (#35)

Réalités invisibles d'Eric Costa

Quatrième de couverture
« Passionné de voyages et d'aventures, Eric Costa nous emmène dans des mondes imaginaires et merveilleux. Suspense haletant, course contre la montre, lutte acharnée contre des entités intemporelles font toute la magie de ce recueil.
Laissez‑vous happer par l'étrange, l'occulte et l'insolite le temps de six nouvelles.
Suivez Marion lorsqu'elle découvre une mystérieuse chenille bleue.
Explorez un manoir dont les murs semblent changer de place.
Accompagnez Alzius dans une forêt peuplée de voix étranges.
Voyagez toute une nuit dans les souvenirs d'Alex... »

Mon avis
Réalités Invisibles est le second livre d'Eric Costa que j'ai la chance de pouvoir lire et chroniquer. Je le remercie, lui et SimPlement.pro pour ce voyage trépidant.

Hôtel Wolff met en scène Théophile Lazius, un écrivain en mal d'inspiration contraint de faire un long voyage pour rejoindre sa mère malade. Sur la route, il s'arrête dans le mystérieux hôtel Wolff et est accueilli par un majordome aux petits soins. Mais derrière cette apparente bienveillance se cache un terrible dessein...
Dans Solitaire, Alex est au fond du trou. Après avoir été reconnu (à tort) coupable du meurtre de sa femme et avoir purgé sa peine de prison à la place du véritable meurtrier, il désespère de retrouver enfin l'assassin. Alors qu'il retrouve Hank dix ans après le décès de Meredith, ce dernier lui conseille d'enfin faire le deuil. Mais Alex ne désire qu'une chose : revoir sa femme une dernière fois...
Eclosion nous fait rencontrer Marion, une adolescente qui profite de l'absence de ses parents pour organiser sa première fête. Alors qu'elle se réveille et entreprend de nettoyer la maison avant le retour de ses parents, elle se souvient d'une mystérieuse chenille bleue qui lui est apparue en songe. Quand elle découvre cette même chenille aux couleurs atypiques, elle ne s'imagine pas que son destin risque d'en être chamboulé...
Le refuge est l'endroit où est accueilli Alzius, qui tente de quitter la Transylvanie pour espérer fuir le souvenir de son fils décédé. Alors qu'il projetait de partir le plus rapidement possible, un sentiment de familiarité le retient au chalet ; il croit entendre son fils disparu. Le refuge se révèlera rapidement ne pas être une simple cabane perdue dans la forêt, et Alzius ne comprendra que trop tard avoir fait une terrible erreur en en poussant la porte...
Valmek et John se sont donné une mission : visiter le manoir du quartier. C'est à quatorze heures que Valmek y entre pour la première fois. En avançant vers le cœur du château, l'adrénaline le gagne. En poussant une porte finement ciselée, il entre dans une nouvelle pièce et y découvre une petite boite sertie de pierres et contenant des trésors qu'il décide d'emporter avec lui. Mais si entrer dans le manoir s'est révélé chose facile, en sortir sera un tout autre exercice et Valmek risque bien d'y perdre plus qu'il n'avait à y gagner...
Emma, la protagoniste de Fréquence 24 a accepté de s'exiler loin de la ville pour mener une vie tranquille avec son mari. Un soir, après avoir prit des calmants et alors que son mari est appelé d'urgence à l'hôpital, tout dérape. La radio n'en fait qu'à sa tête et le présentateur de l'émission nocturne semble se jouer d'elle. Parallèlement, un dangereux fugitif se dirige vers la résidence du couple...
« Sous le tabouret tombé à terre, un valet de coeur émergeait de la poussière. »
Je l'avais déjà dis pour Faon de Jean Bury, mais je trouve que chroniquer un récit court est une épreuve difficile. Chroniquer tout un recueil, qui plus est quand il est excellent n'est pas chose plus aisée. S'il est possible de dire une chose avant de se lancer clairement, c'est qu'Eric Costa a une fois de plus réussi à me charmer par sa plume et son aisance dans le récit.
Hôtel Wolff ouvre le recueil en grande pompe. L'ambiance y est d'abord mystérieuse, s'alourdit peu à peu pour finir oppressante. Le lecteur, au même titre que Théophile, commence par ne pas bien comprendre où va mener la gentillesse et l'apparente bienveillance du maitre d'hôtel. Il se retrouve finalement dépassé, horrifié même, de voir le destin qui s'impose à lui. La fatalité qui imprègne les dernière pages est pour le moins géniale (sans vouloir paraître absolument bizarre) parce qu'elle est maitrisée. Si le fond de l'histoire peut sembler "déjà vu", Eric Costa démontre là et de façon assez magistrale, qu'il est possible de s'approprier certains codes pour les renouveler et les marquer de sa propre griffe.
Solitaire est de loin ma nouvelle favorite. Je ne saurais pas exactement expliquer pourquoi mais elle m'a touchée en plein cœur. Peut‑être est‑ce la détresse d'Alex dont les souvenirs, même noyés dans l'alcool, continuent de le hanter. Ou peut‑être l'écho que j'ai trouvé avec le film l'effet papillon que j'avais juste adoré. L'ambiance n'y est pas pesante mais étrange et je dois avouer m'y être perdue de la même façon qu'Alex s'y perd. La chute est parvenue à me surprendre et c'est peut‑être pour ça que je l'ai tant aimée. Si une chose est à retenir de cette nouvelle, c'est qu'un vœux ne doit pas être prononcé à la légère...
Eclosion m'a donné un peu plus de fil à retordre. Non pas que Marion soit moins attachante ou l'histoire moins prenante. J'ai juste eu du mal à placer l'histoire dans son contexte mais je me demande si ce n'était finalement pas le vouloir de l'auteur. C'est un lendemain de soirée, qu'on imagine arrosée et donc subsiste l'idée ou du moins le sentiment que rien de ce qui s'y passe n'est réel. Elle est angoissante, même carrément effrayante une fois la métamorphose amorcée. Les dernières phrases sont superbes, pleines de poésie quoi que terribles... Elle plaira sans doute à tous les fan d'Alice au pays des Merveilles.
Le refuge n'est pas une mince affaire à chroniquer : Alzius mériterait que l'on s'attarde longuement sur son cas. Il est probablement le personnage que j'ai trouvé le plus complexe. J'ai longuement bataillé pour essayer de la départager de Solitaire et ce n'est qu'à un cheveux qu'elle se fait voler la première place. Celle‑ci est magistrale parce qu'on ne comprend pas bien qui est la victime de qui. Le voyageur ? Les gardiens ? Les voix ? L'atmosphère est pesante, froide, inquiétante et tellement bien dépeinte. J'ai cru avoir froid et j'ai cru être trahie. Mais elle est également tellement triste... Parce qu'une fois de plus, elle dépeint la détresse d'un homme face à une situation qu'il n'a pas su maitriser. Et quand Eric Costa cherche à illustrer les émotion par des mots, il y parvient d'une façon touchante mais jamais outrageuse, jamais "trop".
Le manoir ravira tous les claustrophobes. Déjà la perspective de visiter un manoir abandonné peut sembler amusante quoi que stressante, imaginez que le manoir possède une âme, qu'il puisse se défendre des voleurs et des intrus. Une aventure bien différente j'en conviens, et très divertissante au final. La peur n'est pas exactement le sentiment qui s'est emparé de moi à la lecture, je dirais plutôt l'angoisse, le stress. La chute toute en retenue laisse cogiter le lecteur sans pour autant lui laisser présager le meilleur et ça fonctionne à merveille.
Fréquence 24 est très certainement celle qui m'a le plus tourmentée. Comme pour Eclosion, elle m'a effrayée dans le sens où je l'ai comprise comme un avertissement contre soi‑même. Emma perd pied à cause de cette fameuse fréquence et de cet animateur qui se joue d'elle mais je me suis demandée si la cause réelle de ses tourments n'était pas simplement les substances qu'elle ingurgite pour essayer d'aller mieux... J'ai trouvé que l'intrigue était celle qui était la plus cadencée, peut‑être parce que rythmée par les interventions du présentateur radio et des interludes musicales. Toujours est-il que la fin fait froid dans le dos...
Je l'avais dis, c'est une chose bien compliquée de détailler des nouvelles : les personnages, les intrigues, servent très souvent le récit et ce serait gâcher le plaisir que de dévoiler les clés de ces dernières. Je m'attarderai donc pas plus sur chacune d'entre‑elles mais j'aimerais encore dire un petit quelque chose sur l'écriture de l'auteur. Une écriture douce, simple mais riche, qui laisse poindre les émotions là où elles sont nécessaires et qui ne s'attarde pas sur les fioritures pour meubler le récit. J'étais déjà conquise par le premier tome de la saga Fantasy de l'auteur, avec Réalités Invisibles, il prouve être très largement en mesure de se lancer dans le fantastique, l'onirique ou l'horrifique. La seule chose à regretter est de n'avoir que six nouvelles à se mettre sous la dent, et de les terminer beaucoup trop rapidement.

En clair, le maitre mot de ce recueil est la constance. Et c'est cette qualité constante qui assoit le talent et l'inclination d'Eric Costa à dessiner des mondes et raconter des histoires. Il s'agit sans l'ombre d'un doute de l'un de mes auteurs auto‑édités chouchous, l'un de ceux qui incarnent les trésors que recèle ce parcours d'édition.

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Commentaires

  1. Un immense merci pour cette excellente chronique ! A bientôt j'espère !

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    1. C'était avec plaisir ! Je l'espère aussi ! A bientôt :)

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  2. Je ne connaissais pas du tout l'auteur ni le livre, ça donne envie de le découvrir en tous cas ! =)

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    1. Il vaut largement la peine d'être découvert :) ! Merci pour ton passage :)

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