★ ALIENOR (#30)

ALIENOR d'Aurélien Grall

Quatrième de couverture
« Alexia est encore petite fille lorsque des inconnus l'arrachent à sa famille pour la conduire dans une école privée, l'Académie Aliénor d'Aquitaine. Le pensionnat d'élite est censé lui promettre le plus brillant des avenirs, bien loin de la misère qui l'a vue naître. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et la petite prend progressivement conscience, en compagnie de ses deux amies, Jade et Clarisse, qu'elles sont promises à de beaucoup plus sombres desseins...
Roman bouleversant, ALIENOR est si puissant qu'il ne vous laissera pas indemne : ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains. Si vous avez le cœur bien accroché, osez percer le mystère se cachant derrière les grilles de l'Académie... »

Mon avis
Depuis l'évocation de l'existence du projet ALIENOR dans Le Trone de Cendre, j'attendais avec impatience de me plonger dans ce premier roman d'Aurélien Grall. Quand ce dernier me l'a proposé en SP sur SimPlement, j'ai sauté sur l'occasion. Je le remercie une première fois pour sa confiance, et une seconde fois pour son roman.

Nous prenons part au quotidien de plusieurs fillettes et notamment de Jade, Clarisse et Alexia ; toutes pensionnaires de l'établissement Aliénor d'Aquitaine. Un matin, leur enfance est bousculée par leur enlèvement consentis. Alexia, issue d'une famille ouvrière du nord de la France se voit confiée à l'Académie parce que ses parents sont conscients de ne jamais pouvoir lui offrir une vie décente. Jade, fille d'immigrés, est glanée pour lui permettre de recevoir l'éducation dont ses parents ont toujours rêvé. Clarisse, fille d'une famille fortunée s'apprête simplement et selon son habitude, à entrer dans un nouveau pensionnat. Les trois fillettes que tout opposent se retrouvent au cœur d'une promotion exclusivement féminine, sélectionnées pour leur profil génétique exceptionnel et leurs aptitudes diverses. À des lieues de ne recevoir qu'un enseignement standard, ces petites filles vont être entrainées physiquement, transformées en machine de guerre, conformées aux desseins de l'Organisation. Dans un monde où la régence appartient aux hommes et où l'anarchie s'est emparée du monde, c'est dans l'unique but d'endiguer cette suprématie masculine néfaste qu'est venu au monde le projet ALIENOR. Mais la soif de pouvoir et le désir de domination peuvent aisément rabaisser au rang d'infamie la moindre des opérations, et les xénos ne sont finalement peut-être pas la pire des aberrations... Au delà d'une enfance brisée et d'une innocence volée, le rituel des nymphes se révèlera certainement être le point de non retour d'une catastrophe de plus grande envergure.
« Il est des vies hors du Monde, des vies dont la souffrance nous parvient en échos dans la tristesse de nos mortelles existences, des vies à part, des vies prisonnières de leurs destinées ne prenant forme que dans nos souvenirs teintés de légende. Le pouvoir permet bien des choses, à commencer par trancher le fil du destin d’autrui, mais le coût de cette liberté en reste, en toute fin, son éternelle servitude… »
Grand saut dans l'inconnu et dans l'inhabituel, la lecture d'ALIENOR est néanmoins une lecture coup de foudre pour ne pas dire une lecture coup de poing... Loin de tout horizon qui m'est familier, il est un roman à la limite du thriller et du roman d'investigation. Pourtant, il réunit largement tous les critères qui me font décider si un livre me plait ou non.
Le thème même du roman, basé sur un personnage historique confère à l'histoire une dimension à mon sens particulière puisque, réunie sous la bannière d'une personnage réel, l'Organisation puise son essence dans le plausible et dans la vraisemblance. L'histoire côtoie dès lors la dystopie et permet de mettre en garde contre les sociétés, les habitudes et les discours émergeants. Les personnages, qu'ils s'agissent des étudiantes, des dirigeants ou des tiers disposent chacun d'une entité définie qui les différencie clairement. Katerina et son apparence froide m'ont d'abord exaspérée, puis dégoûtée pour finalement porter le coup de grâce à une histoire troublante. Jade et Clarisse ne me sont pas apparues spécialement sympathiques par leur caractère. Elles ont néanmoins permis de marquer le fossé avec Alexia, ma petite préférée. Leurs différences s'expliquent peu à peu au fil des révélations ; la fin de l'histoire n'en est que meilleure, pour n'employer aucun autre mot qui risquerait de dévoiler la surprise qui guette le lecteur. Kate enfin, quel plaisir de la retrouver dans cette histoire et de pouvoir faire un parallèle avec le second roman de l'auteur !
Des deux parties du livres, très différentes tant dans leur traitement que dans leur contenu, je ne saurais dire laquelle j'ai préférée. Si la première semble plus calme, elle est de fait nécessaire à la suite de l'intrigue qui devient pour le moins explosive. Toutefois, cette première partie réussit à être intéressante et renouvelle l'intérêt du lecteur paradoxalement au caractère répétitif de l'entrainement des pensionnaires. Les questions s'amoncellent à mesure que les trois héroïnes découvrent les étrangetés que sous-tend la fameuse Organisation. De même, les quelques focalisations sur Katerina permettent de soulever de nouveaux mystères, voire de nouvelles incompréhensions qui obligent le lecteur à tourner les pages pour assouvir le besoin de réponses. La seconde partie elle, à la fois plus dure et moins précise spacio temporellement, renouvelle l'action et présente un rythme bien plus cadencé. Les actions de l'organisation s'enchainent et les rebondissements ne prennent fin qu'avec la fermeture du livre, après une chute qui réserve son lot d'émotions.
L'écriture enfin est une surprise absolument géniale. Si j'avais reproché quelques petits points au Trône de Cendre, ils sont paradoxalement balayés ici alors qu'ALIENOR lui est antérieur. J'ai trouvé l'écriture d'une finesse et d'une maturité vraiment étonnantes. Certains passages m'ont littéralement retournée, tant les mots choisis entrent en parfaite adéquation avec les scènes et les sentiments décrits. Les petites touches mi philosophiques mi poétiques m'ont donné du fil à retordre pour décider laquelle d'entre toutes figurerait sur le blog. Elles contrastent subtilement avec les descriptions qui permettent de souffler et de ne pas se perdre. Le fait que le lecteur soit embrigadé aux côtés du narrateur par son emploi du « nous » ou du « on » combiné au présent installe une sorte de connivence qui ne fait que le rapprocher de l'univers crée par l'auteur. Le vocabulaire est riche, les tournures de phrase parfois compliquées mais tout bonnement magnifiques subliment les émotions transmises par le récit.

En clair, ALIENOR ne fait pas partie des livres dans lesquels j'ai l'habitude de me plonger, mais bel et bien de ceux qui ont réussi à éveiller une émotion assez vive pour se hisser au rang de coup de cœur...

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Commentaires

  1. Je ne connaissais pas du tout, mais ça me fait très envie ! Merci pour la découverte =)

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