★ Vénus (#27)

Venus de Jérémie Lahousse

Quatrième de couverture
« Décidément Jacqueline n'a pas de chance ! Elle se fait renvoyer de son travail et abandonner par son compagnon, et ce n'est pas la première fois. Un beau matin, elle reçoit une lettre dans laquelle se trouvent des analyses sanguines et un post‑it. Elle aurait peut‑être un cancer.
Les tests cliniques confirment cette hypothèse et le médecin annonce à Jacqueline la couleur : ses prochains mois seront rythmés par des traitements de choc.
La situation est délicate, mais la femme a du courage et décide de lutter de toutes ses forces contre ce monstre invisible qu'elle croit être la conséquence de blessures de son passé.
Dans son malheur elle a de la chance : lors de sa première cure, elle rencontre un jeune chirurgien avec lequel elle noue des liens très particuliers. »

Mon avis
Avec cette lecture, je me suis rendu compte que tous (ou presque) les contemporains que je lisais avaient pour thème la maladie. En revanche, je ne crois pas m'avancer de trop si j'affirme qu'il s'agit du premier auteur belge que je lis ! Auteur que je remercie du fond du cœur pour m'avoir accordé sa confiance.

Nous suivons Jacqueline, femme dans la force de l'âge dont la vie va basculer du jour au lendemain. Toute nouvelle employée comme hôtesse de caisse, elle se voit renvoyée par un patron aux tendances un peu douteuse. Le soir même, alors qu'elle rentre chez elle le cœur léger, son mari lui annonce qu'il ne l'aime plus mais lui réclame une dernière nuit d'amour avant de la quitter. Rebutée et le cœur en lambeaux, Jacqueline passe une nuit éprouvante entre cauchemars et sueurs froides. Le lendemain, alors qu'elle peine à digérer sa situation mais envisage un nouveau départ, elle reçoit les résultats de sa dernière prise de sang. Sur ces derniers, son médecin lui adresse un mot, griffonné sur un vulgaire post‑it lui mentionnant la possibilité d'un cancer. Après de plus amples examens le couperet tombe : ses cellules n'en font qu'à leur tête. Jacqueline est victime d'une leucémie. Epaulée par sa sœur mais perdue dans les méandres de ses émotions, elle tente tant bien que mal de faire le tri dans sa vie : sa mère morte, son père éclipsé, sa sœur parfaite, son nouveau médecin craquant et le cancer vicieux qui se développe à ses dépens sont autant de choses avec lesquelles elle a du mal à composer. Pourtant Jacqueline ne lâche rien et pourrait gagner bien plus que ce qu'elle pense avoir perdu...
« Jacqueline s’empare de la pièce et la lance en l’air. Elle vrille dans les airs, chatouillée par de nombreuses forces mystérieuses. À quoi rime la vie ? Pourquoi vient la mort ? La montée est vive, la descente est sèche. Danse aérienne. La scelleuse de destin touche la moquette. Le résultat est sans appel. On ne triche pas avec la réalité. »
La première chose que je retiens de ce livre est l'effet de surprise qu'il m'a procurée. Je m'attendais à une lecture émouvante, mais émouvante dans le versant larmoyant du terme. La thématique du livre et les évènements qui semblent s'acharner sur la pauvre Jacqueline m'ont induite en erreur et je tire mon chapeau à l'auteur pour avoir réussi à traiter d'un sujet comme celui‑ci sans tomber dans le pathos pur. Oui, ce livre traite d'un thème compliqué, oui il fait part du questionnement d'une malade face à son corps, face aux réactions physiques et physiologiques qui s'opèrent en elles sans qu'elle en soit maître et face au changement de comportement de ses proches. Mais ce livre possède un petit plus, comme une étincelle qui le fait sortir du lot et lui confère une particularité. Comme je l'ai dis un peu plus haut, je me suis rendu compte que mes lectures plutôt « contemporaines » traitent quasiment exclusivement d'un état de maladie ; qu'il soit physique ou psychologique, mais la question n'est pas là. Ici l'histoire est simple, mais innovante par le tournant qu'elle prend. En effet Jérémie Lahousse traite de son sujet avec une précision indéniable, mais au travers d'une écriture poétique et pleine de dérision. Malgré les quelques 124 pages, l'auteur parvient à nous dépeindre un lot de personnages uniques en leur genre. Le personnage de Jacqueline est vraiment superbe, forte malgré une faiblesse apparente. D'abord abattue, elle se métamorphose en un personnage complexe qui cherche à se trouver et à s'accomplir. La maladie plutôt que devenir un poids devient pour elle l'opportunité de remettre de l'ordre dans sa vie. Son rapport au monde et ses répliques m'ont fait sourire et même franchement rire. William, lui, le médecin aux idées alambiquées m'a touchée par sa spontanéité. Les personnages plutôt secondaires expriment chacun leur caractère au travers d'élocutions propres : chacun a sa façon de parler et se reconnait facilement. 124 pages de ces personnages défilent beaucoup trop vite et je m'ennuie déjà d'eux.
La question de l'écriture mérite également d'être abordée et même évoquée entièrement : juste et touchante sont les mots qui la caractérise le mieux tout en ne lui rendant pas pleinement justice. Je l'ai répété assez de fois ces derniers temps sur le blog mais à mon sens, un livre est entièrement réussi si les mots employés par l'auteur parviennent à me faire ressentir quelque chose, si le style de l'auteur suscite un quelque chose d'inexplicable dans mon cœur. J'ai trouvé cette notion de « beau » dans ce livre. Si les moments de tourmente dus à la maladie sont touchants, ils sont contrebalancés par des répliques comiques plus légères. Les touches poétiques attestent d'un auteur qui sait dans quoi il s'embarque et qui possède un talent incontestable. Certaines phrases vont rejoindre mon carnet de citations pour être sûre de ne jamais les oublier.

En clair, Vénus est une petite lecture toute douce de laquelle on ressort heureux. Le malheur n'est pas une fatalité et la vie réserve son lot de surprise. Qu'elles soient bonnes ou mauvaises, le futur dépend du point de vue duquel on se place...

Pour acheter le livre : Venus de Jérémie Lahousse


Article précédent Retour à l'accueil Article suivant

Commentaires