★ L'Aurochs Rouge (#26)

L'Aurochs Rouge de Vincent Gaufreteau

Quatrième de couverture
« Depuis des générations, la Maison Gardenor protège la Claneterre des razzias Gueules, de terribles guerriers qui se couvrent le visage de masques d'animaux effrayants.
Comme ses pères, Aegorn a combattu et chevauché dans les landes qui séparent la Claneterre de la sombre forêt où vivent ces barbares. Le Gueule, il connaît. Du moins le croit‑il. Car depuis peu le doute s'installe, les rêves prophétiques d'Alena se troublent. Les Gueules s'enhardissent, la rumeur gagne le pays, certains annoncent même une nouvelle horde !
Menbès est un jeune Templier du Feu. Les Gueules, il ne connaît pas, mais il est là pour percer leurs mystères. Du moins, le croit‑il. Car on dit que les Gueules cherchent quelque chose. Objet ou artefact, cela effraie Pérille, la doyenne templière, au point de risquer la vie de toute une compagnie dans une quête insensée !
Qui est donc cet Aurochs Rouge et que veut‑il ? Existe‑t‑il seulement ? Faut‑il croire aux rumeurs ? Le temps presse et les réponses manquent, le chaos approche »

Mon avis
Encore un SP, et quel SP... Je tiens à remercier du fond du cœur l'auteur de mettre à disposition des lecteurs de tels bijoux. Retroussez‑vous les manches et préparez‑vous au grand plongeon...

Nous évoluons en Chimeterre ; monde absolument fantastique dans lequel la Chimère, créature divine, a attribué à certains des individus qui la peuple un pouvoir élémentaire. En Claneterre, l'inquiétude se lève au sein des différentes maisons, en particulier celles du Nord. Les légions Gueules, déjà présentes par le passé semblent être de plus en plus organisées. Pour faire face et tenir tête à ces barbares et poussé par les rêves prophétiques de sa femme, Aegorn (représentant de la maison de Gardenor) réclame un appui officiel. Parallèlement, la maison de Castel‑Croc gouvernée par le Loup Blanc s'apprête à recouvrer sa superbe en reprenant le contrôle de la Régence. Mais la présence ennemie grandit aux confins de la Gueulande. Là‑bas, le supposé Aurochs Rouge rassemble ses guerriers à dessein de jeter l'assaut sur les contrée de la Claneterre. Entre les questionnements d'Aegorn à Gardenor, les doutes de Bystar à Fort Aiglon et la détresse de Membès en expédition au‑delà des Terres Sauvages, la question du véritable ennemi se pose : le danger vient‑il seulement de la Gueulande ? Et si le pire se profilait depuis l'intérieur des terres « civilisées » ?
« Face à ce qui approche, aucun conseil ne pourra être bon. Mais tu es l'Aigle du Nord, le protecteur des Marches. Tu es un rapace, fort et agile, il faudra plus qu'un Aurochs pour te terrasser. J'aimerais te dire de te montrer vaillant et fort, mais tu l'es déjà. Cependant, inévitablement, des gens que tu aimes tomberont. Ne t'égares pas dans les larmes, j'ai le sentiment que c'est là que se niche le plus grand danger. »
J'ai eu besoin de pas mal réfléchir à la chronique que j'allais pouvoir publier. Malgré les notes que j'ai pu prendre durant la lecture pour être sûre de ne rien oublier, arrivée devant mon ordinateur je ne savais par quel bout commencer. Je m'excuse par avance si celle‑ci parait décousue, si les points s'enchainent sans être réellement logiques... C'est que cette lecture est de celle qui vous prend aux tripes, qui vous secoue et vous laisse amorphe sur le carreau.
En premier lieu, il est important de souligner que le livre comporte deux cartes de l'univers dépeint par l'auteur. Ces cartes se trouvent être bien utiles dans la mesure où l'intrigue débute in medias res : le lecteur est alors embrigadé à cheval et rencontre un premier groupe de Templiers. Il apprend et expérimente au fur et à mesure de l'histoire, sans explications préalables, seulement lorsque les informations sont nécessaires. Ce procédé peut paraitre risqué, moi je l'ai totalement adoré. L'immersion n'en est que plus probante et l'univers plus plausible. Les descriptions opportunes ne trainent pas en longueur, elles sont nécessaires comme pour toutes œuvres (qui plus est de Fantasy) mais ne sont distillées qu'à bon escient. Le monde est fouillé sans laisser une impression de création. Les intrigue politiques, la composante magique, le bestiaire et autres touches historiques sont divulguées au compte goutte, comme si elles coulaient de source. Le lecteur n'est pas submergé, juste introduit à un univers qui existait avant lui et semble continuer quand il repose le livre. L'auteur joue clairement sur un principe de surprise et n'hésite pas à frustrer les attentes du lecteur. Après avoir plongé ce dernier en scène de combat, après l'avoir catapulté dans un évènement critique, l'auteur décide de changer de chapitre et de groupe suivi. Il délaisse sans vergogne un lecteur haletant et à bout de souffle. Mais son sadisme ne s'arrête pas là : Vincent Gaufreteau est maitre de son intrigue et de ses personnages et il s'amuse à le rappeler au lecteur. J'ai contenu mes larmes avec difficulté puis j'ai soufflé de soulagement. Je me suis enfermée dans l'angoisse pour finalement espérer un dénouement heureux. Les personnages ne sont pas épargnés, les facilités narratives écartées. Les pouvoirs conférés aux Templiers des différents éléments n'en font pas des héros intouchables, leur magie nécessite un effort personnel et présente un risque à encourir. Aegorn et sa dévotion m'ont touchée, les questions quant à sa femme et son fils m'ont bousculée. La maison Louve et la maison Méride m'ont laissée dubitative. J'ai eu la gorge nouée en suivant Membès, mon personnage favori... J'ai souffert avec lui et j'espère encore, au lendemain de la lecture. Ses harangues m'ont transcendée et j'aurais volontiers pris les armes pour me joindre à lui.
Puis vient la question de l'écriture. Une terrible écriture, une écriture qui a touché mon âme dès les premières pages. Une écriture qui m'a causé grande peine pour choisir quelle citation trouverait sa place dans cet article. L'univers est porté par des jeux de mots qui m'ont fait refermer le livre pour en prendre conscience. C'est un point qui peut paraître anodin mais auquel je porte une attention toute particulière. J'aime quand un auteur se joue de la langue française, c'est ce que fait Vincent Gaufreteau. Et il le fait bien. De même, j'ai repéré bon nombre de jeu sur les sonorités, sans doute calculés mais en tous les cas splendides. J'ai pris le temps d'apprécier cette lecture que je n'ai pas cherché à précipiter. Je m'y replongerai très certainement pour saisir les finesses qui m'ont sûrement échappées...

En clair, une œuvre de Fantasy à en faire se pâmer les adorateurs du genre. Ce n'est que parce qu'attribuer plusieurs coups de cœur ne rime à rien que je ne lui en accorde qu'un. Pourtant, je suis irrévocablement conquise par ce premier tome et je me languis de poursuivre les aventures en Chimeterre. Une chose est sûre ; Vincent Gaufreteau rejoint mon top des auteurs français.

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