★ Faon (#29)

Faon de Jean Bury

Quatrième de couverture
« Plongé dans le chaos, pris entre chimères et réalité, le monde est au bord de la destruction. Acculés et sans espoir, les hommes se résignent à réveiller la seule créature capable de les sauver : la Bête !
Emprisonnée depuis de longues années, décidera‑t‑elle d'aider l'humanité ou son désir de vengeance sera‑t‑il plus fort que tout ? »

Mon avis
Exercice difficile aujourd'hui, auquel je ne me suis jamais essayée ; celui de chroniquer le plus complètement une nouvelle, sans en briser la magie. Un grand merci aux éditions Mots et Légendes pour leur confiance.

Nous faisons ici la connaissance de Axe, une bête ou plutôt un adolescent à l'ADN muté. Par mutant, comprenez une capacité à projeter des images psychiques de sorte à distordre une réalité devenue faussée. C'est pour cette raison qu'il a été enfermé durant cinq ans dans un caisson de cryogénisation ; pour ne pas que son pouvoir devienne une menace. Pour ne pas qu'il se retourne contre l'humanité. Pour ne pas qu'il devienne comme sa sœur. Parce que Faon, elle, utilise désormais sa capacité pour réduire le monde au néant. À grand renfort de chimère et de cataclysme, la jeune fille endigue peu à peu toute trace de vie. Face à cette situation et en dernier recours, l'officier Lucas se rend dans l'une des dernières bases militaires encore debout. C'est au cœur de cette base que repose Axe, « la bête ». C'est aux confins du Catafalque qu'il est fait prisonnier depuis cinq années, figé dans le corps d'un garçon de quinze ans. C'est dans ce Sarcophage qu'il va être réveillé pour combattre aux côtés de ceux qui l'ont enlevé. Si la vengeance semble guider les pas d'Axe, le pourquoi de son accord avec l'armée pourrait bien être plus compliqué, plus personnel et plus profond qu'une simple histoire de revanche...
« Non. Ca ne sert à rien. Nous nous épuisons à lutter contre des chimères. Nous mourons pour combattre des illusions. Des distorsions de la réalité. Aussitôt qu’on les a détruites, d’autres sont créées. Ca ne lui coûte rien à elle. Nous, Ca nous prend tout. »
Comme je l'ai évoqué un peu plus haut, je redoutais un peu l'exercice de rédaction de cette chronique. Non pas qu'il n'y ait rien à en dire ; il y a au contraire un tas de choses à développer au sujet de ce court roman, mais rien ne peut être trop expliqué sans risquer de dévoiler la clé de lecture et la chute de l'histoire. Ainsi sont les codes de la nouvelle et des romans courts.
L'univers de Jean Bury ouvre la porte au cauchemar. Un enfer sur terre que le lecteur ressent au plus profond de ses tripes dès les premières lignes. Tour de force nécessaire au format du roman j'en conviens, mais tour de force qui tourne au génie tant le décors impacte l'expérience de lecture. En passant par des descriptions non pas denses mais intenses, l'auteur s'immisce dans l'esprit du lecteur et s'empare de ses cinq sens de la même façon que ses personnages. Les images défilent en un panorama certes angoissant mais surtout exaltant. J'ai été chamboulée par la précision et la justesse de la plume qui, sans chercher à étaler le talent de l'auteur, distille aux moments opportuns une dose de révolte, d'espoir ou de frisson. L'atmosphère et le rythme ne perdent pas une seconde en intensité, même si j'ai trouvé la fin très tendue émotionnellement parlant. L'écriture est en somme exquise parce que vivante : les mots sont aussi variés que la faune et la flore qu'ils dépeignent.
Les personnages et la forme de l'histoire, à savoir les analepses constantes qui permettent de comprendre le passé du protagoniste et les retours dans le présent pour mener à bien la quête donnée, suffisent à attacher le lecteur aux personnages. Si la spontanéité de Axe a tout de suite éveillé ma sympathie, j'ai oscillé entre profonde tristesse et colère aveugle pour ce qui est du cas de Faon. C'est qu'Axe est le point pivot de l'histoire tandis que Faon en est l'origine. Etrange dualité qui s'infiltre au sein d'une famille éclatée, morcelée par de terribles dons qui se sont matérialisé en fardeau. L'officier Lucas et les autres soldats m'ont semblé détachés du lot dans la mesure où ils subissent malheureusement le chaos terrestre. Ils servent à lancer l'intrigue et à délier l'histoire et ne son clairement pas le centre du récit. Ce point peut paraitre paradoxal puisque c'est leur destin qui se joue ici. Lucas permet également de déterminer la trajectoire que prend l'adolescent ; ses répliques acerbes sont analysées par lui et démasquent la fébrilité que son courage ne parvient pas à dissimuler.
L'histoire laisse peu à peu place à une réflexion sur les déviances expérimentales des laboratoires qui défient parfois les limites de l'éthique. J'y ai perçu une mise en garde, volontaire sans aucun doute, quant à une fin du monde possible. L'apocalypse n'est pas un phénomène divin. À la fois la cause et la conséquence de l'agissement des hommes instrumentalisés par le pouvoir. La fin pour terminer, propre, digne et réservant son lot de sentimentalité, dénoue l'intrigue en déconstruisant les idées préconçues du lecteur et de toutes les unités scientifiques qui exerçaient leur pression sur les deux enfants. Même si l'histoire ne laisse pas grande place à la tergiversation quant à l'issue de la bataille, l'ultime flashback lui donne tout son sens.

En clair, une écriture pleine de charme, une ambiance absolument géniale et une histoire terriblement bien menée me poussent à recommander de toutes mes forces ce court roman qui est un véritable coup de cœur. Je me plongerai avec grand plaisir dans les autres œuvres de monsieur Jean Bury, en espérant retrouver ce même plaisir.

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