★ Le Mépris (#19)

Couverture du livre Le mépris d'Alberto Moravia

Quatrième de couverture
« Riccardo Molteni, écrivain en mal d’inspiration, devient scénariste pour rembourser les traites de l’appartement qu’il a acheté à Rome avec sa femme Emilia. A la même époque, il rencontre Battista, un puissant producteur, qui l’invite dans sa villa de Capri où il doit écrire une adaptation cinématographique de l’Odyssée. Soudain, alors que la fortune commence à lui sourire, sa femme lui avoue qu’elle ne l’aime plus. Pire, qu’elle le méprise. Désemparé, Riccardo va chercher à en savoir plus. Emilia, obstinément, se tait... Dans Le Mépris (1954), Moravia met en scène le malaise d’un couple à la dérive dans une société dont les valeurs bourgeoises sont en crise. Ce roman, que Jean‑Luc Godard a magistralement transposé à l’écran en 1963, est hanté par le mythe du retour à un passé perdu. « Plus on est heureux, et moins on prête attention à son bonheur. » »

Mon avis
Lecture obligatoire dans le cadre de mon cours de littérature comparée, je m’attendais à une lecture compliquée, bien loin dela réalité qu’a en fait établi le coup de cœur.

Nous suivons Riccardo Molteni, écrivain de 27 ans passionné par le théâtre et éperdument amoureux d’Emilia, son épouse. Afin de combler ses aspirations et de lui offrir la vie dont elle rêve, Riccardo accepte de mettre de côté sa carrière d’écrivain pour accepter un contrat de scénariste. Après un premier manuscrit bouclé pour Battista, Molteni est entrainé dans une aventure qui semble lui promettre une certaine aisance financière : Battista projette d’adapter l’Odyssée d’Homère sur grand écran. Voilà donc l’équipe du film, dont Riccardo et Rheingold (le metteur en scène) embarqué pour Capri où le tournage doit avoir lieu. Promis au succès, une ombre plane toujours sur l’existence de Molteni : ce dernier a l’intime conviction que sa femme ‑ qu’il chéri de toute son âme ‑ s’éloigne peu à peu de lui. Riccardo qui s’est toujours démené pour ravir sa femme se trouve face au pire de ses cauchemars : le mépris indéfectible de sa femme qui se réfugie dans un silence de plomb...
« J'ai remarqué que plus on est envahi par le doute plus on s'attache à une fausse lucidité d'esprit avec l'espoir d'éclaircir par le raisonnement ce que le sentiment a rendu trouble et obscur. »
Autant le dire tout de suite, je ne m’attendais pas à ça. Quand mon prof m’a donné le sujet de mon exposé qui portera sur le roman : analyser les interprétations de l’Odyssée dans Le Mépris, je dois dire que j’ai reporté l’échéance de la lecture au maximum. Première erreur. La deuxième étant de ne pas m’être moi‑même penchée sur ce roman (penser avoir pu passer à côté de ce petit bijou me donne envie de pleurer). Parce que tout y est... L’écriture poétique, juste et tellement mais tellement touchante, les personnages intéressants, la favorisation de la réflexion... Tout. Le principe est pourtant simple : un homme se rend compte que sa femme se détache de lui et s’engouffre peu à peu dans le désespoir. Oui, le principe est simple, mais Le Mépris donne plus, tellement plus à son lecteur qu’une banale histoire de cœur. Le pire étant que je ne peux, que je n’arrive pas à mettre de réels mots sur l’émotion qui m’a saisie durant cette lecture. Riccardo qui aime profondément sa femme, pour qui il est prêt à se sacrifier glisse lentement dans la folie. Tiraillé entre son amour pour le théâtre et son travail qui le répugne mais lui assure de quoi s’acquitter de sa dette, et partagé entre l’amour fou qu’il voue à sa femme et leur divergence de point de vue, il se retrouve finalement face à deux obstacles majeurs : le mépris de sa femme et l’adaptation de l’Odyssée. Il se trouve mentalement éloigné de tous ceux qui l’entourent, et le lecteur est plongé dans cet éloignement et cette incompréhension qui le conduisent tout doucement vers la folie. Chaque personnage, qu’il s’agisse de Rheingold, Battista ou même Emilia perdent de leur couleur sous l’analyse d’un Riccardo auquel est obligé de s’identifier le lecteur qui n’a d’autre point d’ancrage que sa propre vision sur le monde. Le point culminant du roman reste à mon sens le changement des rapports entre les personnages, et l’analyse de ces changements d’attitude, comme si pris au piège de leurs sentiments, ils ne parvenaient plus à s’écouter. La fin, qui arrive de façon aussi catastrophique que si le lecteur vivait réellement la chose suffit à clore en beauté une histoire qui ne l’est pas.
Les dernières phrases du personnage principal, dont je ne suis pas sûre d’avoir perçu l’entière essence laissent la porte ouverte à différentes interprétations. Mais même si j’aimerais croire en une interprétation teintée d’espoir, cette dernière ne me convainc pas entièrement. En définitive, le roman nourrit les souvenirs de Riccardo qui trouve dans cette écriture une forme de paix, tandis qu’il donne au lecteur toutes les clés pour réfléchir à sa propre conduite. C’est en tout les cas de cette façon que j’ai vécu cette lecture qui m’a forcée à revenir sur certaines de mes façons d’agir et ce même si je n’ai que 20 ans...

En clair, je suis présentement dans un élan de lecture incontrôlable. Chacune des œuvres que je lis semble être meilleure que la précédente et c’est dingue. Le Mépris est une fois de plus un gros, que dis-je ? Un immense coup de cœur...

Page des articles coup de cœur

Pour acheter le livre : Le mépris d'Alberto Moravia


Article précédent Retour à l'accueil Article suivant

Commentaires