★ Fahrenheit 451 (#17)

Couverture du livre Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

Quatrième de couverture
« 451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé. »

Mon avis
Nom incontesté et incontestable dans le domaine de la science fiction, il aura quand même fallu 20 ans pour que je plonge dans ce monument.

Nous prenons part au quotidien de Guy Montag, « pompier » américain d’une société futuriste où la moindre notion de littérature est proscrite. Lire est dangereux, posséder des livres est prohibé. Pour combattre le « fléau » que représente la littérature, les pompiers ont troqué leur lance à incendies contre des lance‑flammes pour combattre le mal par le feu. Le travail de Montag consiste donc à investir les maisons jugées « potentiellement contaminées » afin d’éradiquer la menace. Jusqu’au jour où une vieille femme, dévastée par l’idée de devoir abandonner ses livres, décide de mourir avec eux. Profondément troublé par ce choix et le regard changé par sa rencontre avec une jeune fille libre, Montag commence à remettre en cause sa profession. Alors que son mariage est menacé par le mode de vie supra‑connecté de sa femme qui lui préfère la compagnie de ses écrans, il décide de jouer le tout pour le tout. Si la littérature peut conduire une femme à mourir pour elle, elle doit forcément contenir quelque chose de merveilleux. Il explique alors à sa femme avoir récupéré des livres lors de ses interventions, et lui demande d’en lire pendant une seule après‑midi afin de s’en faire une idée propre. Mais dénoncé par ses proches et renié par ses collègue, comment pourrait-il se sortir de cette situation dans laquelle il est tombé ?
« Conclusion ! Un livre est un fusil chargé dans la maison d'à côté. Brûlons le. Déchargeons l'arme. Battons en brèche l'esprit humain. Qui sait qui pourrait être la cible de l'homme cultivé ?. »
Cette lecture mais cette lecture ! Je ne sais par où commencer cette chronique qui ne reflétera de toute façon pas l’ampleur de l’impact qu’a eu sur moi cette histoire. L’écriture d’abord est superbe, juste et fracassante, déroutante aussi. L’évolution intérieure du personnage, qui transparait dans ses actions mêmes est trépidante. Le décor, au même titre que le système politique n’est que très peu développé. Le lecteur sait qu’il se trouve plongé dans une civilisation menacée par la guerre mais c’est tout. Quid de l’invasion du numérique ? Le lecteur ne sait pas et reste dépassé par les événements comme un Montag qui ne trouve plus sa place dans cette société et qui en vient même à ne plus reconnaître sa femme. Seule échappatoire, et peut être l’élément déclencheur de toute chose : sa jeune voisine Clarisse. Un brin décalée, mais ouverte au monde qui l’entoure, elle parvient à rendre à Montag un semblant de vitalité. Sa disparition m’a au moins autant déçue qu’elle a retiré au pompier la dernière touche de considération qu’il portait au Gouvernement. Les personnages secondaires sont vides de substance, à l’exception de Faber et peut-être des marginaux. Beatty fonde ses paroles sur des citations tandis que Mildred est perdue dans les méandres de la technologie, se balançant entre insomnies et pertes de mémoire. La différence réside sans doute en le fait que les uns se réfugient dans la complaisance du totalitarisme tandis que les autres se battent pour une forme de liberté, ne serait‑ce que celle des esprits. Si les deux premiers tiers du livre se déroulent plutôt calmement, le rythme s’affole lors du troisième chapitre et la pression retombe d’un coup. Au lecteur ne reste que les questions soulevées par le récit, et les interprétations qu’il peut en faire, comme il ne reste aux marginaux que les livres qu’ils ont mémorisés et l’espoir de pouvoir aider.
En pleine période d’atteinte à notre culture, à nos idées, la lecture de ce roman met en lumière l’importance même de cette culture et dans une mesure plus précise, l’importance d’un patrimoine littéraire. Peut‑être la littérature permet‑elle de se souvenir des erreurs à éviter. Peut‑être permet‑elle de s’évader, de se libérer. Chacun trouvera quelque chose de différent à y répondre, comme je pense que chacun pourra trouver un sens caché à ce roman. Mais si une chose est sûre, c’est que la littérature permet de ressentir, d’éveiller une chose ou une autre chez le lecteur connivent. La nature subversive de la littérature semble finalement ne pas être un mal, mais peut‑être le remède à bon nombre de maux. Perdez vous dans les livres, réfugiez‑vous de manière générale dans l’art. Vous en sortirez sûrement changés, mais vivants.

En clair, je ne pense pas que « 451 degrés fahrenheit » ne soit que la température à laquelle un livre se consume. Il s’agit également du point de fusion de la raison humaine, celui à cheval entre la réflexion pure, le bouleversement ultime et la déclaration d’amour à la littérature. Un gros coup de cœur.

Page des articles coup de cœur

Pour acheter le livre : Fahrenheit 451 de Ray Bradbury


Article précédent Retour à l'accueil Article suivant

Commentaires

  1. J'ai bien aimé ce livre par son originalité mais beaucoup moins par son style d'écriture ! J'ai trouvé le style très lourd, certes très beau et très poétique mais trop lourd à mon goût. Peut-être l'ai-je lu au mauvais moment...
    Mais c'est cool s'il t'a plu et en plus coup de cœur ! C'est génial :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que le style diffère pas mal de ce qu'on peut lire habituellement mais j'ai justement trouvé que l'immersion dans l'univers n'en était que meilleure :). Oui ! Enorme coup de cœur de mon côté mais le message y est pour beaucoup !

      Supprimer
  2. Très bel article ! :D
    J'ai adoré ce livre, il fait parti de mes préférés. Par contre j'ai commencé à regarder le film et je m'ennuyais tellement que j'ai abandonné. X)

    Oh et j'adore le nom de ton blog ! :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai énormément aimé aussi, par contre je n'ai pas encore vu le film ^^.
      Merci ! :D

      Supprimer

Enregistrer un commentaire