★ La zone du Dehors (#9)

Couverture du livre La zone du dehors d'Alain Damasio

Quatrième de couverture
« 2084.
Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social‑démocratie. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s'opprime plus : il se fabrique. À la pâte à norme, au confort, au consensus. Copie qu'on Forme, tout simplement. Au cœur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Emmenés par Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution. En perdant beaucoup. En gagnant tout.
Premier roman, ici réécrit, la Zone du Dehors est un livre de combat contre nos sociétés de contrôle. Celles que nos gouvernements, nos multinationales, nos technologies et nos médias nous tissent aux fibres, tranquillement. Avec notre plus complice consentement. Peut‑être est‑il temps d’apprendre à boxer chaos debout contre le swing de la norme ? »

Mon avis
Je ne connaissais pas du tout Damasio, ni de nom, ni aucun de ses romans. Si j’avais, ne serait‑ce qu’imaginé l’impact qu’aurait cette lecture sur moi, je me serais ruée bien avant sur ce bouquin. Merci à toi, qui me l’as offert.

Nous prenons ici part au combat d’un groupement (ré)volutionnaire, la volte. Sur Cerclon I, véritable ville de verre et d’acier, stérile et contrôlée de toutes parts, va s’élever la voix des voltés contre le système politique du satellite de Saturne. En effet, sous des apparences de libertés accordées et de bien être sécuritaire, la caste politique de Cerclon réussit à exercer sur sa population, un contrôle des corps et des esprits quasi total. Les greffes, la surveillance vidéo, la propagande, et tous les 2 ans, le Clastre : évaluations durant lesquelles les cercloniens vont être répartis et hiérarchisés selon leur « valeur », aptitudes, productivité, état psychologique, niveau d’intégration... L’individu n’est plus qu’un code, de une à 5 lettres, classé dans la base de donnée d’un ordinateur superpuissant. Les voltés vont essayer de libérer les consciences et de faire comprendre au peuple qu’ils caractérisent d’« aliéné » l’oppression constante qu’ils subissent, se lancer dans un bras de fer contre la politique cerclonienne, et se rendre compte qu’ils ont été une fois de plus manipulés...
« Connectés à nous-mêmes, nous plongeons en apnée dans notre intériorité pour trouver à nos problèmes une solution qui n'existe que hors de nous, à l'air libre, dans ce qui nous arrache et nous excentre. L'individualisme ne fait qu'amplifier ce repli maladif, cette peur du mal connu, du « pas de chez nous » puis du « pas comme moi », de l'étrange puis de l'étranger, jusqu'à redouter le tout proche, avec lequel on n'ose désormais partager ses désirs et ses flux. »
J’ai un fort penchant pour les dystopies, mais celle-ci... est troublante. Troublante parce qu’on y retrouve notre quotidien. Troublante parce qu’elle réussit à s’imposer non pas comme une punition mais comme une chance. Durant tout le long du roman, la population s’insurge contre les actions de la volte qui mettent en péril la paix et le confort cerclonien, et pour cause : en apparence rien me manque sur Cerclon. Rien sauf la liberté, du corps et de la pensée, la liberté d’être sinon d’exister. La plume de Damasio est parfois complexe mais fantastique, et les réflexions dont il nous fait part frôlent souvent la poésie. J’ai aimé la façon dont la volution prend forme, elle monte lentement, puis explose. Les actions menées tendent à ouvrir les mentalités, à délier les esprits, pour ensuite frapper fort, et j’ai adoré prendre part à ce combat. La tension est palpable à mesure que les actions s’intensifient et que la menace de se faire attraper augmente. Les personnages perdent parfois leur confiance en eux, et en leurs alliés, mais se confortent finalement dans le combat qui est le leur. Chacun a ce petit plus qui le différencie et le rend unique : Brihx, pris entre l’amour qu’il voue à sa famille et son envie de changer les choses m’a brisé le cœur. Obffs, l’éternel enfant qui s’émerveille de tout et s’amuse d’un rien. Slift, le plus sanguin, le plus téméraire aussi. Il représente, lui et sa milice radieuse, la force brute de la volte. Il est de loin mon favori. Captp le philosophe qui, en plus d’être très intelligent, subjugue par son pouvoir oratoire et peut même perdre un lecteur inattentif. Kamio le peintre presque humaniste, celui qui freine et recadre la volte quand elle veut frapper injustement. Ils forment à eux 5 le Bosquet, la poigne de la volte, son élite pensante. Bdcht, petite amie de Captp, toujours en quête de nouveauté, elle essaie de voir le meilleur en toute chose. De tous, elle est peut être le personnage auquel je me suis le moins attachée. Blusq, le génie de l’informatique qu’on est soulagé d’avoir de notre côté. Et Zorlk, que j’espérais vivant, quelque part au fond du Cube. L’issue du combat reste flou jusqu’à la fin, sublime bien que cruelle, qui pose un point final grandiose à une histoire qui ne l’est pas moins. Les tigres pourpres auront réussi à me faire frissonner.

En clair, ce livre m’a littéralement remuée, et m’a forcée à la réflexion. Il y a tant de chose à dire sur ce bouquin, sur cette histoire et cet auteur... Et mes mots ne parviendront jamais à leur rendre la justice qu’ils méritent. Je préfère donc vous laisser le soin de découvrir cette aventure, et de vous perdre dans les mots de Damasio.

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